A voir. Martigné-Ferchaud, la commune bretonne où on préserve le bocage et on replante des haies

Disponible sur la plateforme FranceTv, le documentaire « Le village qui voulait replanter des arbres » de Brigitte Chevet met en lumière la commune de Martigné-Ferchaud, le travail de celle-ci, des agriculteurs, et d’une technicienne bocage, pour planter des haies. Dont celles qui ont disparues lors du remembrement. Un film fort et sensible, sur le rôle important du bocage dans la préservation de l’eau.

Martigné-Ferchaud est une commune agricole du sud de Rennes. Elle fait partie d’un bassin versant où « l’eau est vraiment de mauvaise qualité », de l’aveu même de son maire, Patrick Henry, agriculteur. « Il va falloir vraiment faire des actions fortes pour inverser la tendance. Dès aujourd’hui, il faut planter, il faut améliorer la qualité de l’eau ». Ces propos forts sont extraits du documentaire « Le village qui voulait replanter des arbres », réalisé par Brigitte Chevet, et disponible sur le site de France tv.

Dans ce film, on suit notamment Léa, « technicienne bocage ». Son quotidien : replanter des haies, et rebâtir des talus. Réparer les « conneries » comme le souligne un agriculteur. Celles qui ont été faites pendant le remembrement, il y a 60 ans. Cette grande opération organisée par l’Etat, pour rapprocher les parcelles, au moment du développement de la mécanisation agricole et de la productivité, a entrainé la dispartions des trois-quarts du bocage français. Ce sont ainsi 360 kilomètres de haies qui ont été supprimés à Martigné-Ferchaud. Les arbre.s, les talus, les haies, étaient alors considérés comme inutiles, nuisibles, et le bois avait perdu de sa valeur.

Mais aujourd’hui, on replante. La commune a ainsi décidé de protéger les haies existantes, et d’en créer d’autres. C’est tout le travail de Léa, qui rencontre les agriculteurs du secteur, pour les inciter et les aider dans ces opérations. Elle a ainsi contribué à recréer 15 km de haies dans le secteur. « On veut juste avoir un bocage qui soit fonctionnel, qu’on retrouve une continuité et une densité suffisante. Il faut qu’on arrive à entretenir celui qu’on a », confie-t-elle dans le documentaire.

Brigitte Chevet, dans son documentaire, montre bien les bienfaits du retour à la haie : mieux pour la biodiversité, la retenue de l’eau, la qualité de celle-ci, l’abri du bétail par fortes chaleur…Les agriculteurs le comprennent mieux aujourd’hui, même si la question de l’entretien, des normes environnementales et du coût restent prégnantes, et sont revenues sur le devant de la scène lors des récentes manifestations agricoles. Mais certains viennent désormais spontanément voir la technicienne, pour qui « L’arbre est un couteau suisse. Replanter des couteaux suisses, c’est valorisant ! ».

Le film est à voir ici : https://www.france.tv/documentaires/documentaires-environnement/6920389-le-village-qui-voulait-replanter-des-arbres.html


Consultation sur l’eau, tous et toutes concerné.e.s !

Il est toujours temps de participer à la consultation sur l’eau menée par le Comité de Bassin Loire-Bretagne et l’Etat, qui se déroule jusqu’au 25 mai. Pour cela, direction le site : https://eauloirebretagne.limesurvey.net/ConsultationDuPublic2425




« Sentinelles de la nature » en Bretagne : plus de 300 alertes reçues en 2024

Le dispositif national « Sentinelles de la nature », déployé dans la région par FNE Bretagne, permet aux citoyen.ne.s de signaler les situations d’atteintes à l’environnement. En 2024, plus de 300 alertes ont été reçues. Les plus nombreuses concernant la dégradation du bocage, notamment les destructions de haies protégées et le défrichement. Mais des initiatives positives sont aussi mises en valeur : renaturation de zones humides, entretien de cours d’eau, retour de la biodiversité…

« Sentinelles de la nature » est le nom d’un dispositif porté par les associations membres de France Nature Environnement, pour « informer, aiguiller et accompagner les citoyen.ne.s pour agir sur la protection de la nature ». Le projet est déployé sur tout l’hexagone, la Guyane et Mayotte.

En Bretagne, Sentinelles de la Nature est porté par FNE Bretagne depuis 2022. Ce projet participatif permet « aux citoyen·ne·s de localiser et signaler sur le territoire des atteintes à l’environnement dans le but de les résorber, à partir d’un site internet (sentinellesdelanature.fr) ou d’une application mobile », explique FNE Bretagne, qui vient de publier le bilan du dispositif pour 2024.

Ce sont ainsi « plus de 220 nouvelles personnes qui ont contribué à Sentinelles de la Nature en 2024 ». 328 signalements ont été reçus par les bénévoles et les salariés. Ce qui arrive en tête de ce triste classement : les atteintes au bocage, notamment la destruction de haies protégées et le défrichement, qui représentent 20% des dégradations signalées. A noter aussi « le déversement de substances polluantes et le dépôt de déchets ». « L’année 2024, comme l’année précédente, a été marquée par une importante augmentation des destructions de haies avec arasement de talus » explique Sullyvan Henrio, chargé de l’animation du réseau Sentinelles de la Nature en Bretagne, qui est constitué de 65 millitant.e.s issu.e.s d’associations membres de FNE Bretagne (Eau & Rivières de Bretagne, Bretagne Vivante, VivArmor Nature…). Ils et elles accompagnent les lanceurs et lanceuses d’alerte dans les signalements et dans les démarches à entreprendre.

On peut également signaler sur la plateforme de Sentinelles de la Nature des initiatives « positives ». Douze opérations portées par des citoyen.e.s ou des associations ont ainsi été référencées, comme par exemple les plantations de haies, la protection de la biodiversité, la renaturation de cours d’eau et/ou de zones humides…

Pour effectuer des signalements d’atteinte à l’environnement : https://sentinellesdelanature.fr/Bretagne.11.html




Une « météo » des nappes phréatiques par la Région Bretagne et le BRGM

Lors du Carrefour des Gestions locales de l’eau qui s’est déroulé à Rennes les 22 et 23 janvier, la Région Bretagne et le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) ont lancé conjointement un outil de prévision et de partage des connaissances ouvert à tous, et baptisé MétéEAU Nappes. Il permet, outre le suivi en temps réel des niveaux d’eaux, de réaliser des prévisions à 6 mois en suivant différents scénarios météo.

Tout le monde a encore en mémoire la sécheresse de l’été 2022, durant laquelle des mesures de restriction renforcées ont été prises. Il a fallu aussi puiser dans les réserves pour éviter les coupures d’eau générales. Une situation qui se reproduira à l’avenir, en raison du réchauffement climatique.

Lorsque les niveaux des cours d’eau sont bas, les nappes souterraines, qui représentent plus de quart de la ressource consommée pour l’alimentation en eau potable, participent au soutien des débits des rivières. Afin d’améliorer l’anticipation et le suivi de ces nappes d’eau souterraines, la Région Bretagne s’est associée au BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) pour déployer l’outil « MétéEAU Nappes ».

Le BRGM, service géologique national, est un « établissement public de référence dans le domaine des géosciences », explique Pauline Drzewiecki, directrice du BRGM Bretagne. Dans la région, l’établissement gère 52 ouvrages piézométriques (qui mesurent le niveau d’une nappe en un point donné), répartis sur l’ensemble du territoire. Les nappes sont ainsi suivies en continu et en temps réel.

L’outil MétéEAU Nappes permet, outre un suivi en temps réel, de réaliser des prévisions saisonnières sur la base de différents scénarios météorologiques, jusqu’à 6 mois. « Il va être déployé sur 25 points d’eau en Bretagne », précise Pauline Drzewiecki. « Nous avons besoin de nous doter d’outils pour pouvoir anticiper de façon plus précise la situation des eaux souterraines », déclare Delphine Alexandre, vice-présidente de la Région Bretagne, collectivité qui participe financièrement au projet, à hauteur de 80% (sur un total de 270 000 euros).

Le projet MétéEAU Nappes a démarré « il y a une dizaine d’années », explique Bruno Mougin, hydrogéologue au BRGM. La nouveauté ici, pour la Région Bretagne, est la capacité à faire des prédictions jusqu’à 6 mois dans le futur. Concernant les fonctionnalités, l’outil, sous forme de plateforme, comprend une partie cartographie et une partie graphique. « Celle-ci permettra de visualiser la pluviométrie, le niveau des nappes phréatiques et le débit des rivières », précise l’hydrogéologue. Il y aura aussi la possibilité d’afficher un seuil, et ainsi d’anticiper le dépassement ou la non-franchissement de celui-ci.

De quoi pouvoir mieux anticiper les niveaux d’eaux selon divers scénarios météo à 6 mois, et prendre plus rapidement des restrictions d’usage au niveau local, en cas de séchereresse. De même lors de précipitations intenses et de risques d’inondation par remontée de nappe.

Pour en savoir plus : https://www.brgm.fr/fr/site-web/meteeau-nappes


Consultation sur l’eau : Toutes et tous concerné.e.s !

Il est toujours temps de participer à la consultation sur l’eau menée par le Comité de Bassin Loire-Bretagne et l’Etat, qui se déroule jusqu’au 25 mai. Pour cela, direction le site : https://eauloirebretagne.limesurvey.net/ConsultationDuPublic2425




Projet Sainbiote : La prescription nature comme nouveau médicament

Rencontre avec Aurélien Fridman, chargé de projet environnement au sein de l’ulamir-CPIE Morlaix Trégor.

Sainbiote comme Santé Interaction Biodiversité Territoire. Ce projet ambitieux a pour objectif de rassembler divers professionnels de santé (psychologue, sage-femme, médecin, maison de santé, centres sociaux…) pour appréhender et accompagner les individus dans une démarche de bien-être par le contact de la nature.

« Comme on peut prescrire des médicaments lorsque que l’on souffre de maladie mentale par exemple, on pourrait prescrire le fait d’aller prendre l’air 20 min par jour durant 2 semaines »

En phase d’expérimentation, ce projet de trois ans entame sa deuxième année. L’heure est à la création de partenariat avec le personnel de santé.

« Il faut casser les frontières […] créer des relations entre le monde de la santé et le monde de l’environnement »

Aux Etats-Unis, des études étrangères, comme « Prescri-Nature » ont déjà démontré le lien fondé entre nature et bien-être . Au Québec (https://www.prescri-nature.ca/) un programme mis en place par la BC Parks Foundation a été créé, accompagnant les personnels de santé dans la délivrance d’ordonnance nature. Basée sur des données chiffrées, les études démontrent un ratio positif entre bien-être mental et physique lors d’excursions nature, même de courtes durées.

En France, ce projet est soutenu par IRESP (Institut pour la recherche en santé publique). Et mis en place par l’association Alliance Santé Planétaire, appuyé par différents médecins français comme le Dr Blandine Mellouet Fort (Rhône-Alpe-Auvergne) ou bien encore Dr Juliette Zimmerman (Haut-de-France) ainsi que le Docteur Eva Kozub Decotte (Occitanie), et également porté par L’union Régionale des CPIE (Centre Permanent d’Initiative à l’Environnement).

Sur notre territoire, trois CPIE sont moteurs dans l’expérimentation : CPIE de Brocéliande, CPIE de Belle-ïle-en-Mer et le CPIE Morlaix-Tégor. Le tout sous la houlette de l’Agence Régionale de Santé, du PRESE Bretagne (Plan Régional Santé), de la Région et de l’Europe.

Au-delà de la recherche partenariale, ce projet souhaite mettre en avant les aspects de sensibilisation grand public comme nous l’explique Aurélien Fridman, chargé de mission du projet au sein du CPIE Morlaix Trégor : « Le but est de créer un catalogue où les personnes pourraient se renseigner pour avoir une prescription nature. Aussi, pour nous les CPIE […] c’est travailler ensemble avec les personnels de santé et de s’auto-former également à la santé, pour apporter une nouvelle dimension et de nouveaux outils à nos actions de sensibilisation… ».

Alors, personnels se sentant concernés par le sujet, n’hésitez pas à contacter le CPIE Morlaix Trégor pour plus d’informations.

Propos recueillis par Sophie Sanchez-Panchout

Je remercie Aurélien Fridman pour le temps accordé à cet entretien.

Contact :

ULAMIR-CPIE MORLAIX TREGOR

02 98 67 51 54

Aurélien Fridman

Aurelien.fridman@ulamir-cpie.bzh


Pour aller plus loin :

A historical and critical analysis of park prescriptions

https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/00222216.2019.1617647

La prescription nature , Blandine Mellouet Fort :

La prescription de nature : motivations et freins à la pratique par les médecins généralistes des Hauts-de-France, Université de Lille

https://pepite.univ-lille.fr/ori-oai-search/notice/view/univ-lille-41793?lightbox=true

La nature comme boussole, Pratique, entretien de Julie Zimmerman

https://pratiques.fr/La-nature-comme-boussole




De jeunes pousses prometteuses dans les jardins de la « Manu » de Morlaix

Rien de vraiment surprenant à ce que des étudiant.es qui entendent dédier leur future vie professionnelle aux soins du vivant se dirigent vers les Jardins de la Manufacture des Tabacs et leur artiste-jardinier, Tiphaine Hameau, dont l’art et la manière les accompagnent avec autant d’attention que celle accordée à toutes les pousses végétales et animales du lieu.

Nous vous invitons à d’abord emboîter le pas de Raphaël, Alan, Léa et Rachel, qui ont effectué tous les quatre leur stage en ces Jardins, dans le cadre de leur formation de BTS – Gestion et protection de la nature (GPN)du lycée d’enseignement général et agricole de Suscinio à Morlaix et de BTS Aménagements Paysagers (AP)du CFA/CFPPA de Kerliver à Hanvec.

Puis nous nous attarderons sur le projet tutoré* qu’une équipe d’étudiant.es de BTS GPN composée de Arthur, Enora, Léa et Louna, a consacré principalement aux insectes de ces Jardins, en croisant leurs regards scientifique et artistique.

Nous les avons rencontré.es entre l’été dernier et cet hiver.

Troisième et dernier volet du triptyque d’articles consacré aux Jardins de la Manufacture des Tabacs de Morlaix, après avoir rencontré Tiphaine Hameau, l’artiste-jardinier qui en a la charge (1er volet : https://www.eco-bretons.info/a-morlaix-lartiste-jardinier-tiphaine-hameau-un-humain-du-sensible-et-du-geste-compagnon-de-la-plante/) ainsi que d’autres artistes qu’il accueille (2ème volet :https://www.eco-bretons.info/a-la-manu-de-morlaix-ce-que-les-artistes-font-aux-jardins-ce-que-les-jardins-font-aux-artistes/).

D’un format plus long que les sujets habituellement proposés, libre à vous d’effectuer cette promenade jardinière en une ou plusieurs étapes de lecture et d’écoute.

Des Beaux-arts aux aménagements paysagersRencontre avec Raphaël

Raphaël effectue actuellement en un an son BTS Aménagements paysagers en écojardinage au CFA/CFPPA de Kerliver à Hanvec. Début novembre 2024, nous l’avons retrouvé aux jardins, consciencieusement affairé autour de plots en béton qui furent jadis des supports à pommiers, et désormais disposés dans de petits carrés où la terre a été recouverte de marc de café, collecté dans les services de Morlaix Communauté.

Une installation dont l’esthétique, qui n’est pas sans rappeler le jardin japonais, entre en résonance avec le parcours de l’étudiant, titulaire d’un Master en Beaux-Arts effectué à Toulouse durant lequel Raphaël a exploré aussi bien la sculpture, que des installations mêlant le son et l’organique.

Ici, quasiment rien n’a été planté, tout est fait avec l’histoire du lieu, en valorisant du marc de café, répulsif efficace auprès des merles qui entendaient participer à l’installation en y faisant des trous ! Les bordures enherbées sont taillées aux ciseaux.

Outre cette mission, Raphaël a pu effectuer des opérations d’entretien, réduites au strict nécessaire, avec notamment du fauchage à la faucille, le dégagement des alignements de pavés permettant de cheminer, autant de gestes qui s’inscrivent dans le temps long, comme le rappelle Tiphaine Hameau.

De ce dernier, l’étudiant a particulièrement apprécié la précision dans ses explications, toujours très pédagogiques. Et aussi les discussions animées durant les repas autour de la biologie animale, des oiseaux…

Allier, parfaire connaissances botaniques et ornithologiquesRencontre avec Alan

Passionné de botanique et d’ornithologie, Alan Larvor, qui est en 2ème année de BTS GPN, a choisi de réaliser son deuxième et dernier stage dans les Jardins, avec un objectif précis qui est de développer ses connaissances et techniques, notamment de valorisation des déchets organiques, indispensables au futur projet qu’il caresse : s’installer en tant que paysan-herboriste.

Parmi les missions que Tiphaine lui a confiées, qu’il juge répétitives et physiquement éprouvantes mais néanmoins incontournables, Alan s’est livré au très laborieux fauchage tardif à la faucille, en veillant à laisser des zones de repos pour la faune et en utilisant les déchets verts pour le paillage et les installations. Il a également procédé à l’arrachage partiel avec retrait des ronces et autres liserons, érables sycomores dont les feuilles sont ciselées avant de pailler élégamment les cheminements au sein des jardins, tout comme celles des renouées. Renouées dont les rameaux séchés poursuivent leur destinée en habillant la dalle de béton à l’entrée des jardins, ou bien en intégrant le bac à compost pour une mutation en terreau ou bien encore en entrant dans la composition du projet artistique d’Alan.

Aux Jardins, Une gestion et protection artistique de la natureInterview croisée de Léa/Rachel

Rachel et Léa, avec les artistes Emmanuelle Huteau/clarinette et Stéphanie Tesson/écrivaine-comédienne au cours de la lecture-promenade musicale Les monologues en plein champ, l’été dernier.

L’appel des Jardins : comment les Jardins de la Manufacture se sont-ils manifesté auprès de vous pour que vous veniez y effectuer votre stage d’étude ?
Léa : Pour être honnête, je n’étais jamais entrée dans les Jardins avant d’envoyer ma candidature de stage. La seule interaction que j’ai eue avec ces derniers a été lors d’une visite scolaire du SEW en début d’année, où j’ai pu apercevoir un bout des Jardins par une fenêtre. Cela a attisé ma curiosité et après un peu de réflexion, j’ai tout simplement envoyé ma lettre de motivation ! J’aime beaucoup découvrir de nouvelles choses, surtout quand elles ne sont pas accessibles. En clair, j’y suis allée plus par instinct qu’autre chose. J’avais envie de faire un stage original, j’adore la botanique. Alors pourquoi pas ?

Rachel : A force de passages et promenades dans Morlaix, je tombais régulièrement nez à nez avec les Jardins, voilés par les grillages et toujours secrets. Je n’y suis jamais entré jusqu’à mon stage. C’est en juin, après avoir eu une déception quant au lieu de mon stage, que j’ai pensé aux Jardins de la Manufacture : en effet, ma meilleure amie Léa s’y trouvait et le lieu suscitait en moi curiosité et attirance. Nous avions eu l’occasion de rencontrer Tiphaine lors de la présentation des projets tutorés et la façon dont il évoquait le lieu m’avait fait hésiter quant au choix que j’allais faire ; finalement, pas de projet tutoré aux côtés des jardins, mais un deuxième essai de stage qui j’espérais s’annonçait être le bon ! Après en avoir discuté avec Léa, Tiphaine a pris contact avec moi et de là est née ma première rencontre avec les Jardins, le 1er juillet. 


● Quelles ont été vos missions respectives durant votre stage ?
Léa : Nous avons participé à la gestion courante des lieux : arrachage de ronces et de jeunes arbres, transformation des “déchets verts” et revalorisation de ces derniers par divers moyens (paillages, remplissage de chemins..). Notre mission passait aussi par la participation aux animations des Jardins : visites classiques ou encore accueil d’évènements artistiques « Station verger », « Monologue en plein champs »*.
Concernant ma mission spécifique, son but était de créer et d’animer une animation sur les espèces végétales invasives, avec des thématiques allant de la gestion de ces dernières jusqu’aux différentes visions et débats qu’elles causent. Le tout était de créer une discussion perpétuelle et d’opter pour des méthodes pédagogiques ludiques et artistiques dans le but de toucher un maximum de personnes.

Rachel : Les Jardins ont besoin de petites mains pour arracher, ciseler, effeuiller, rencontrer les visiteurs et accompagner le lieu. Dès lors, nous avions d’abord des missions de « gestion » qui permettaient d’épauler Tiphaine dans son travail. S’est ajoutée à cela ma mission principale, sur laquelle je me suis penchée durant 6 semaines : la création d’une animation sur l’ethnobotanique, c’est-à-dire plus simplement, sur la symbolique des plantes et les liens qu’elles ont entretenu avec l’humain au fil du temps. Je devais la présenter la dernière semaine de mon stage, et la nourrir de recherches personnelles, d’échanges avec Tiphaine et Léa. 


● Y-a-t-il des choses qui vous ont surprises, déconcertées, parues comme évidentes et attirées dans la démarche de Tiphaine Hameau, notamment le fait de rebaptiser GPAN votre formation GPN, pour Gestion et protection artistique de la nature ?
Léa : J’ai été assez surprise par la somme de travail énorme que l’entretien des Jardins et la répétition perpétuelle de certains gestes à l’aide d’outils manuels, Tiphaine se donne beaucoup de mal pour réaliser un jardin tel qu’il l’envisage, avec une immense rigueur. C’est un travail très sisyphéen, mais qui paye ! Les personnes qui visitent les jardins sont assez impressionnées par l’ambiance des jardins. Il me paraissait évident qu’il est important de recycler les déchets verts au maximum et de les réutiliser au sein du jardin, mais le faire de manière artistique est un parti pris très original et inspirant ! Du coup, je n’ai pas vraiment été surprise que Tiphaine renomme notre mission “Gestion et Protection Artistique de la Nature”, tout simplement parce qu’en venant aux Jardins de la Manu faire son stage, l’art
devient un attribut nécessaire pour pouvoir penser les Jardins. Sans poser un certain regard sur ce qui nous entoure, on ne voit pas grand-chose ici ! On le voit bien quand certaines personnes visitent les jardins et commentent “Il n’y a rien à voir ici” ou encore “Quelle friche !”. La beauté est dans l’œil de celui qui regarde !

Rachel : Oui ! Agréablement surprise. Ce qui m’a particulièrement déconcertée est le fait que tout soit fait à la main, que l’usage de machines est secondaire et que même l’effeuillage ou encore la coupe de rameaux se fassent par nous-mêmes ! Mais ce fut un plaisir : la gestion artistique du lieu a tout de suite résonné avec ma vision des choses et la notion spirituelle que j’offre à la Nature. Tiphaine prend soin des jardins et ce fut à notre tour à Léa et moi de poursuivre cet amour qui leur était donné, par le respect de la démarche de Tiphaine et l’intérêt que nous y avons accordé. 

Ce passage dans les Jardins de la Manufacture a-t-il transformé votre « rapport à la nature », de quelles façons ?
Léa : De manière évidente, mon rapport à la nature a évolué après avoir passé deux mois dans les Jardins. Tiphaine nous a initiées à sa vision de la nature, passant par un éloge de la lenteur et de l’observation. Il était aussi très intéressant de voir à quel
point Tiphaine prenait soin de chaque plante des jardins, un type de végétation qui n’a pourtant rien d’exceptionnel de prime abord !
Donc je dirai que d’être passée par les Jardins de la Manu m’a rendue beaucoup plus attentive à ce qui m’entoure et auquel on ne fait en général plus vraiment attention à force de passer devant tout le temps. J’ai compris que ce n’est pas parce qu’une plante est commune qu’elle n’est est pas pour le moins précieuse !

Rachel : Pas transformé, mais éclairé. En effet, avant de rencontrer Tiphaine et les Jardins, mon rapport à la Nature était proche de celui que j’allais découvrir auprès des lieux. Cependant, il a été éclairé par le regard de Tiphaine et les différentes pratiques et démarches qu’il associe aux jardins. Le mantra des lieux : « Faire le plus avec, le moins possible contre » (citation de Gilles Clément que Tiphaine répétait souvent).  Ainsi, c’est la façon dont les Jardins de la Manufacture ont accompagné mon rapport à la Nature et donné des outils et arguments pour le nourrir, qu’ils l’ont d’une certaine façon transformé. 

● Une ou deux anecdote(s) particulière(s) à partager ?
Léa : Je me rappelle avec nostalgie de toutes les fois où nous étions en train de discuter et Tiphaine nous arrêtait dans notre élan pour attirer l’attention sur un jeu de lumière, un oiseau qui se posait ou encore une musaraigne qui passait au loin. On restait sur le qui-vive en silence pendant quelques minutes parfois, puis la vie reprenait !

Rachel : Nos journées furent des anecdotes à elles seules ! Je plaisante, c’est que nous riions beaucoup tous les trois et que les Jardins regorgent de surprises qui n’ont pas fini de nous amuser ou de nous surprendre. Par exemple, j’ai dû rentrer chez moi avec un manteau attaché autour des hanches, car, après m’être assise sur un muret sur lequel se trouvait d’anciennes attaches de grillage, afin de faire ma mission d’effeuillage, je me suis retrouvée une fesse à l’air, mon pantalon déchiré ! Léa et moi étions en fou rire. 

Autre petite anecdote qui n’en est finalement pas vraiment une : nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs artistes et de découvrir un monde artistique encore différent de ceux que nous croisons au théâtre, au cinéma, au musée… Aux Jardins, ce sont des personnalités singulières et sensibles qui viennent rencontrer les lieux et Tiphaine. Nous avons fait la rencontre de Stéphanie Tesson, Emmanuelle Huteau et Olivier Depoix, dans le cadre des « Monologues en plein champ », concert proposé dans les Jardins. De ces rencontres ont ainsi découlé diverses anecdotes, propres aux personnalités de chacun et à la rencontre avec les nôtres : échanges, discussions, aide au spectacle et répétition. En effet, un jour avant le spectacle, Léa et moi avons vécu l’effeuillage d’une façon différente de d’habitude : les musiciens répétaient et Stéphanie incarnait ses personnages juste à côté de nous. Ce fut particulièrement agréable de ressentir les jardins vibrer sous cette musique et rayonner différemment ce jour-là. 

*Parmi les rencontres artistiques au cours de l’été 2024 figuraient Station verger, entresort sonore, manuel, ludique et poétique du collectif Les Aimants et Les monologues en plein champ, lecture-promenade musicale de l’écrivaine-comédienne Stéphanie Tesson accompagnée par Olivier Depoix/accordéon, et Emmanuelle Huteau/clarinette-tuba-chant qui ont enchanté les participant.e.s.

Quand un projet tutoré allie regards scientifique et technique à l’expression créative sensible

Arthur, Léa, Louna, Nonna et Enora ont effectué leur projet tutoré de BTS GPN autour d’un inventaire des insectes et des plantes invasives auprès de Tiphaine Hameau. Ce projet a été l’occasion d’étudier durant huit mois les dynamiques de ces populations dans les Jardins de la Manu et d’y porter un autre regard, notamment artistique, sur quelques mal-aimés ou mal-menés de nos jardins. C’est en s’appuyant sur un livret de 70 pages, rigoureux et soigné, concocté par l’équipe étudiante que celle-ci a présenté fin décembre son projet tutoré devant un jury composé de professionnel.les et d’enseignant.es. Un livret récapitulant le contexte de leur projet avec : ses objectifs, la détermination des méthodes employées, les résultats et leur analyse, les fiches-espèces de trois plantes présentes dans les Jardins (la Grande Berce, la Renouée du Japon, le Buddléia de David, la présentation succincte de quelques insectes hôtes (papillons Moro-Sphinx, Vulcain, Aurore ; Abeilles cotonnière, domestique, charpentière ; cétoine dorée, Oedémère noble, Lepture tacheté). Un livret dans lequel on peut également glaner des citations d’Albert Einstein, Victor Hugo, Henry David Thoreau, Jean-Henri Fabre (humaniste-poète-artiste-éthologue), Baptiste Morizot, Gilles Clément ainsi que des dessins du botaniste Xavier Jaouen.

Parmi leurs objectifs, l’inventaire et les résultats des insectes pollinisateurs (choisis en raison de l’abondance des plantes à fleurs), l’analyse de leurs interactions avec les plantes, le suivi d’orthoptères (sauterelles et criquets) et de coléoptères ainsi que l’élaboration d’une cartographie des différentes parties des Jardins mettant en avant les massifs de plantes inventoriés, font partie des attendus « classiques » d’une formation en gestion et protection de la nature.

Avec un élément important à souligner, à savoir des considérations éthiques quant au respect des êtres vivants du lieu qui on amené l’équipe à mettre en place « un procédé expérimental ayant pour avantage de ne tuer aucun des insectes capturés, même si cela affectait le degré de précision dans leur identification. »

L’équipe a également choisi d’adjoindre à son projet un volet artistique qui a amené ses membres à créer des œuvres en s’appuyant sur leurs savoir-faire respectifs en dessin, vannerie et sculpture pour « donner à voir » les insectes des Jardins tout en respectant leur esprit, avec le choix de matériaux naturels.

Dans ce domaine, l’approche socioculturelle dispensée dans le cadre de leur formation permet à n’en point douter d’allier leur rigueur scientifique et technique à l’expression créative de leur sensibilité, au service de la sensibilisation d’un public plus grand et non spécialiste.

Mission brillamment accomplie puisque le groupe d’étudiant.es a reçu les félicitations du jury, à la fois pour les qualités de présentation de leur exposé, de réalisation du carnet et de leur outil ludico-pédagogique.

Tiphaine Hameau prévoit, au sortir de l’hiver, une restitution publique aux Jardins de la Manu et probablement dans la Galerie du Léon du SEW, avec une exposition des différentes contributions (dessins, sculpture, vannerie…): « L’occasion de célébrer le retour à la vie chantante, bourdonnante dans les Jardins! ».

Dans le prolongement de cet article, nous vous invitons à écouter nos deux entretiens effectués dans les Jardins de la Manu, le premier avec trois des étudiant.es sur leur projet tutoré, le second avec Tiphaine Hameau.

*Le projet tutoré de la formation BTS vise à instruire une réponse à une commande professionnelle de gestion environnementale et de valorisation de la nature. Durant plusieurs mois, il s’agit de rendre autonome les étudiant.es dans leurs investigations de terrain tout au long de leur démarche, accompagné.es par un tutorat commanditaire professionnel/enseignant.es.




Une appli pour connaitre la qualité des eaux des rivières

L’application « Qualité rivière », proposée par L’office Français de la Biodiversité et les Agences de l’Eau, permet d’avoir accès à la qualité des cours d’eau près de chez soi. Depuis 2016, on peut également savoir quels sont les poissons qui les peuplent. La qualité des eaux de baignade est disponible, ainsi que l’accès via un ordinateur. Les données ont été actualisées avec les états écologiques de 2023.

Savoir quelle est la qualité des rivières près de chez soi et connaître quels sont les poissons qui les peuplent… Toutes ces informations sont disponibles via l’application « Qualité Rivière », éditée par l’Office Français de la Biodiversité et les Agences de l’Eau. Depuis 2013, cette application permet aux possesseurs de smartphones d’être informés de la santé et de la qualité des cours d’eau situés près de chez soi, sur trois années, grâce à des cartes détaillées interactives et un code couleur : bleu pour « très bon état », vert pour « bon état », jaune pour « état moyen », orange pour « état médiocre » et rouge pour « mauvais état ». La qualité est établie grâce à 11 paramètres dont la température de l’eau, la présence de diatomées (micro algues très sensibles au pollution), les nutriments (azote et phosphore…). Le tout grâce à un réseau de 12000 stations de suivi des cours d’eau. L’application propose également un « quizz » avec 20 questions pour tester ses connaissances sur l’eau, ainsi qu’une rubrique « Bon à savoir ». Depuis 2016, elle s’est enrichie de données sur les poissons qui peuplent les cours d’eau, avec une photo pour chaque espèce, et une fiche avec des informations sur sa répartition géographique, son habitat, sa nourriture, et son classement (« en danger critique d’extinction », « vulnérable », « en préoccupation mineure »).

Disponible sur tablette et smartphones, on peut utiliser l’application Qualité Rivière dès cet été sur ordinateur. Autre nouveauté, on peut aussi visualiser la qualité des eaux de baignades du littoral, classées selon un pictogramme et une couleur (bleu : qualité excellente, vert : bon, orange : suffisant, rouge : insuffisant). Les données proviennent du Ministère de la Santé.

Pour télécharger l’application sur téléphone, rendez-vous sur Google Play (pour les possesseurs d’un téléphone fonctionnant sous Android) ou sur App Store (pour les possesseurs d’un téléphone Apple). Pour consulter Qualité Rivière depuis un ordinateur, direction le site https://qualite-riviere.lesagencesdeleau.fr/