Vers un territoire low-tech en Bretagne : un rapport, un film, un webinaire !
Situé à Concarneau, le Low-tech Lab est une association dont la mission est de sourcer, documenter, expérimenter, diffuser des solutions low-tech: des systèmes, des savoir-faire ou des modes d’organisations utiles, accessibles et durables, et ce grâce à des outils collaboratifs et communautaires.
Sur son site, le Low-tech Lab présente sa vision : « la pensée low-tech permet de vivre mieux avec moins. Nous en sommes convaincus. Et si elle était plus largement connue, acceptée et adaptée, elle permettrait de lutter efficacement contre les maux tant environnementaux que sociaux et sociétaux du XXIème siècle. Depuis 2013, nous faisons le constat que de nombreuses réponses low-tech existent déjà un peu partout et que les initiatives individuelles et/ou collectives émergent spontanément aux quatre coins du monde. »
En ce début d’année 2025, l’actualité du Low-tech lab est dense puisqu’il vient de diffuser rien moins qu’un rapport, un film documentaire et propose prochainement un webinaire sur ses réalisations.
Le Low-tech Lab vient donc de publier fin janvier, un rapport* sur l’expérimentation « Vers un territoire low-tech » menée pendant 18 mois sur le territoire de CCA Concarneau Cornouaille Agglomération. Celui-ci ouvre les coulisses du projet en y présentant sa genèse, son déroulement, les résultats obtenus, les enseignements tirés. Plus qu’un bilan, il sert à partager les apprentissages, nourrir la réflexion collective, inspirer d’autres territoires, créer des synergies.
« Comme toujours, ce rapport n’est pas une recette. C’est un simple ingrédient de vos futures expériences, à compléter, à transformer pour l’adapter aux spécificités de votre territoire ! », précise le Low-tech Lab, qui vient également de mettre en ligne sur youtube** un film documentaire réalisé par Corto Lassus dit Layus. Ce dernier retrace les expérimentations menées dans le cadre du projet « Vers un territoire low-tech », conduit de l’automne 2022 à l’hiver 2023. Pendant ces 18 mois, 20 structures du pays de Concarneau Cornouaille ont exploré collectivement des façons plus sobres et résilientes de produire, d’apprendre et de s’organiser. À travers les voix des participant·es, ce film plonge au cœur des défis, des réussites et des apprentissages de l’expérimentation Vers un territoire low-tech. Plus qu’un récit, il pose une question essentielle : comment ancrer la low-tech dans nos territoires pour imaginer un futur soutenable et désirable ?
Et pour celles et ceux qui ont des questions sur le projet « Vers un territoire low-tech », le Low-tech Lab organise un temps d’échange en visio le jeudi 20 février 2025 de 19h à 21h, pour plonger dans les coulisses de l’expérimentation. Un webinaire avec Quentin Mateus et Julie Mittelmann, coordinateurs du projet, qui permettra de discuter méthodologie, résultats, et perspectives d’avenir.
* Retrouvez le rapport, des fiches d’expérimentations et des photos du projet par ici:
Cet article a été rédigé pour l’essentiel à partir des informations publiées par le Low-tech Lab sur ses réseaux sociaux.
Résidences secondaires ou cabanes, on les relie aux Nuits de la lecture
Entre le 23 et le 26 janvier prochain, se dérouleront dans tout le pays les 9e Nuits de la lecture, autour des patrimoines, proposéespour la quatrième année consécutive par le Centre national du livre sur proposition du ministère de la Culture. « Au cours de ces quatre soirées, le public sera invité à se réunir à l’occasion de milliers d’événements physiques et numériques autour du thème des patrimoines », nous disent les organisateurs qui indiquent que « le patrimoine y sera donc pluriel, et célébré sous toutes ses formes : intime, collectif, culturel, matériel ou immatériel… ».
Sur le site dédié (https://www.nuitsdelalecture.fr/programme), on y découvre pour la Bretagne, nombreux lieux et dates où se dérouleront des rencontres tout aussi alléchantes les unes que les autres, dans leur diversité. Il y en aura ainsi à Allaire, Brest, Cords-Nuds, Erquy, Gaël, Josselin, Lampaul-Ploudalmézeau, Landéda, Lanmeur, Lannion, Lesneven, Lorient, Loudéac, Missiriac, Morlaix, Plouéscat, Plougoulm, Plumaudan, Pontivy, Quintin, Rennes, Saint-Brieuc, Saint-Quay-Portrieux, Saint-Vran, Trévé, Vannes…
Sur les réseaux sociaux aussi, on en voit passer quelques autres, comme cette soirée du vendredi 24 janvier dans le Trégor, au Café Théodore à Trédrez-Locquémeau. Avec un chaleureux programme autour de « Ce qui nous lie », concocté par l’asso Ideographik à découvrir plus en détail :https://www.cafetheodore.fr/agenda/nuit-de-la-lecture/.
Puisqu’il est question de lien(s), celui établi ici relie deux de ces nombreux événements sous un apparent même toit : celui de l’endroit où l’on habite la plupart du temps, la résidence principale, un toit solide – sauf quand des tempêtes de tous ordres s’en mêlent -, unique pour beaucoup d’entre nous, terriblement manquant pour les personnes sans-abri. Et puis celui de la résidence secondaire le long des côtes, où l’on se rend plus ou moins régulièrement, offrant à notre vue ses tristes volets clos. L’INSEE nous informe que : « en 2023, les résidences secondaires représentaient 12 % de l’ensemble des logements en Bretagne. Cette part est supérieure à la moyenne nationale, en raison notamment de la forte attractivité du littoral breton.» Et c’est là où le bât blesse…
Bretagne Secondaire : rencontre à Erquy avec l’auteur Benjamin Keltz
« Benjamin Keltz a parcouru la Bretagne, celle des volets fermés, surtout les stations balnéaires (mais aussi Caurel près du lac de Guerlédan) afin de comprendre un phénomène qui n’est pas nouveau mais qui a pris une ampleur considérable depuis le COVID. En effet, cette Bretagne-là connaît une crise du logement hors norme ; dans de nombreuses petites cités, le taux de résidences secondaires dépasse les 50% : se loger est devenu un calvaire pour les familles qui veulent s’installer à l’année. Le récit de voyage voisine avec l’enquête journalistique, les références littéraires foisonnent et les anecdotes prêtent parfois à sourire. Il ne s’agit pas ici de trouver un coupable mais de faire le point et peut-être susciter une réflexion collective. »
L’auteur sera présent pour en parler, à la bibliothèque Le blé en herbe à Erquy qui aura, nous précise-t-elle, beaucoup de plaisir à échanger avec l’auteur, sur cette problématique qui nous concerne toutes et tous, d’autant plus à Erquy où il est difficile là aussi de se loger : https://www.nuitsdelalecture.fr/programme/bretagne-secondaire-rencontre-avec-benjamin-keltz.
Et pour enfoncer le clou, le média indépendant Splann vient tout juste de sortir une enquête édifiante sur la bétonisation qui continue de grignoter le littoral breton, avec 4000 ha de terres artificialisées en 10 ans :https://splann.org/nouvelle-enquete-littoral-breton-tentation-beton/.
Des voix hautes, d’ici et de là-bas, pour parler de nos cabanes, nos refuges…
Il y a des toits plus lointains, dans le temps et dans l’espace, comme ceux des cabanes qui font vibrer nos mémoires d’enfance et nos besoins de nous extraire des tumultes du monde, de résister dans des zones à défendre où se bâtit un vivre-ensemble autrement. Et bien d’autres cabanes encore…
C’est précisément le thème que propose d’explorer Françoise Ramel*, l’initiatrice d’un événement avec une première phase radiophonique, qui sera diffusée dans la soirée du jeudi 23 janvier sur Radio Bro Gwened où elle est bénévole, radio dirigée par Gaël Le Du, dont les studios sont basés à Pontivy et Vannes. Les seconde, troisième et quatrième phasesfigurent dans un podcast qui est proposé à l’écoute en ligne ici : https://rbg.bzh/br/abadennou/11265/ et sur l’audioblog Arte Radio.
Le riche et éclectique contenu que Françoise concocte comprendra notamment des lectures polyphoniques de textes autour des cabanes -proches ou lointaines-, d’autrices et auteurs tels que Gabrielle Filteau-Chiba, Marielle Macé, Sylvain Tesson, Jean-Michel Le Clézio, Jacob Karhu… et des poèmes du Gabonais Steve Wilifrid Mounguengui. Il y aura également, placés sous le signe des matrimoines, des extraits sonores d’interviews que Françoise a effectuées avec quelques-unes des 70 « Femmes de caractère », d’ici et d’ailleurs, dans le cadre de l’émission qu’elle anime depuis 5 ans sur Radio Bro Gwened. Parmi elles, l’autrice-poète et photographe Johanne Gicquel et l’autrice médiéviste et écologiste Anne Jordan.
Et puis des interviews toutes fraîches, comme celle de l’artiste Léonor Bolcatto qui se produira le jour même à Uzel (https://www.pcc-loudeac.fr/agenda/leonor-bolcatto-renaitre-ma-maison/), avec un spectacle en chansons, intitulé « Renaître ma maison », aux paroles à la fois intimistes et féministes : « Quand il pleut dehors et que l’hiver m’envahit, je me cache dans ma grotte, je me blottis entre les murs de ma tanière, là où je dialogue avec mes fantômes, là où naissent mes poèmes. Si vous me rendez visite, je vous offrirai à boire et je vous présenterai les fleurs, les araignées, les forêts de ma maison. Je vous chanterai mes luttes, mes blessures, mes amours et on mangera une soupe au coin du feu.C’est un sentier de randonnée où, à mesure qu’on y marche, on se laisse habiter par le paysage. C’est une envie de péter les murs et d’aller se rouler dans l’herbe. »
Enfin, il y aura bien sûr de la musique ! Le tout sera donc disponible dans un podcast participatif avec les contributions de : Laurence Ariouat Mermet, Marie-Cécile Calmelet, Claude-Guy Onfray, Laurence Dion, Axel Savina, Steve-Wilifrid Mounguengui, Laura Conill…
Laurence Dion, présidente de l’association Fontaines et lavoirs au Foeil, près de Quintin, petite cité de caractère où s’est tenu le festival Paysages en juillet 2024. Si vous voulez entendre Laurence et son choix de textes venus tout droit du Québec, trouvez la meilleure façon et surtout le meilleur moment pour vous d’écouter en ligne – ou sur les ondes – la création polyphonique « Nos cabanes » pendant les Nuits de la lecture du 23 au 26 janvier !
Parmi les lectures à voix haute que vous entendrez, figurent également ces quelques phrases, extraites du très poétique petit livre, « Nos cabanes » de Marielle Macé, paru chez Verdier :
« Faire des cabanes : imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Trouver où atterrir, sur quel sol rééprouvé, sur quelle terre repensée, prise en pitié et en piété. Mais aussi sur quels espaces en lutte, discrets ou voyants, sur quels territoires défendus dans la mesure même où ils sont réhabités, cultivés, imaginés, ménagés plutôt qu’aménager. Pas pour se retirer du monde, s’enclore, s’écarter, tourner le dos aux conditions et aux objets du monde présent. Pas pour se faire une petite tanière dans des lieux supposés préservés et des temps d’un autre temps, en croyant renouer avec une innocence, une modestie, une architecture première, des fables d’enfance, des matériaux naïfs, l’ancienneté et la tendresse d’un geste qui n’inquiéterait pas l’ordre social… Mais pour leur faire face autrement, à ce monde-ci et à ce présent-là, avec leurs saccages, leurs rebuts, mais aussi leurs possibilités d’échappées. (…) Faire des cabanes au bord des villes, dans les campements, sur les landes, et au coeur des villes, sur les places, dans les joies et les peurs. Sans ignorer que c’est avec le pire du monde actuel (de ses refus de séjours, de ses expulsions, de ses débris) que les cabanes souvent se font, et qu’elles sont simultanément construites par ce pire et par les gestes qui lui sont opposés ».
De jeunes pousses prometteuses dans les jardins de la « Manu » de Morlaix
Rien de vraiment surprenant à ce que des étudiant.es qui entendent dédier leur future vie professionnelle aux soins du vivant se dirigent vers les Jardins de la Manufacture des Tabacs et leur artiste-jardinier, Tiphaine Hameau, dont l’art et la manière les accompagnent avec autant d’attention que celle accordée à toutes les pousses végétales et animales du lieu.
Nous vous invitons à d’abord emboîter le pas de Raphaël, Alan, Léa et Rachel, qui ont effectué tous les quatre leur stage en ces Jardins, dans le cadre de leur formation de BTS – Gestion et protection de la nature (GPN)du lycée d’enseignement général et agricole de Suscinio à Morlaix et de BTS Aménagements Paysagers (AP)du CFA/CFPPA de Kerliver à Hanvec.
Puis nous nous attarderons sur le projet tutoré* qu’une équipe d’étudiant.es de BTS GPN composée de Arthur, Enora, Léa et Louna, a consacré principalement aux insectes de ces Jardins, en croisant leurs regards scientifique et artistique.
Nous les avons rencontré.es entre l’été dernier et cet hiver.
D’un format plus long que les sujets habituellement proposés, libre à vous d’effectuer cette promenade jardinière en une ou plusieurs étapes de lecture et d’écoute.
Des Beaux-arts aux aménagements paysagers – Rencontre avec Raphaël
Raphaël effectue actuellement en un an son BTS Aménagements paysagers en écojardinage au CFA/CFPPA de Kerliver à Hanvec. Début novembre 2024, nous l’avons retrouvé aux jardins, consciencieusement affairé autour de plots en béton qui furent jadis des supports à pommiers, et désormais disposés dans de petits carrés où la terre a été recouverte de marc de café, collecté dans les services de Morlaix Communauté.
Une installation dont l’esthétique, qui n’est pas sans rappeler le jardin japonais, entre en résonance avec le parcours de l’étudiant, titulaire d’un Master en Beaux-Arts effectué à Toulouse durant lequel Raphaël a exploré aussi bien la sculpture, que des installations mêlant le son et l’organique.
Ici, quasiment rien n’a été planté, tout est fait avec l’histoire du lieu, en valorisant du marc de café, répulsif efficace auprès des merles qui entendaient participer à l’installation en y faisant des trous ! Les bordures enherbées sont taillées aux ciseaux.
Outre cette mission, Raphaël a pu effectuer des opérations d’entretien, réduites au strict nécessaire, avec notamment du fauchage à la faucille, le dégagement des alignements de pavés permettant de cheminer, autant de gestes qui s’inscrivent dans le temps long, comme le rappelle Tiphaine Hameau.
De ce dernier, l’étudiant a particulièrement apprécié la précision dans ses explications, toujours très pédagogiques. Et aussi les discussions animées durant les repas autour de la biologie animale, des oiseaux…
Allier, parfaire connaissances botaniques et ornithologiques – Rencontre avec Alan
Passionné de botanique et d’ornithologie, Alan Larvor, qui est en 2ème année de BTS GPN, a choisi de réaliser son deuxième et dernier stage dans les Jardins, avec un objectif précis qui est de développer ses connaissances et techniques, notamment de valorisation des déchets organiques, indispensables au futur projet qu’il caresse : s’installer en tant que paysan-herboriste.
Parmi les missions que Tiphaine lui a confiées, qu’il juge répétitives et physiquement éprouvantes mais néanmoins incontournables, Alan s’est livré au très laborieux fauchage tardif à la faucille, en veillant à laisser des zones de repos pour la faune et en utilisant les déchets verts pour le paillage et les installations. Il a également procédé à l’arrachage partiel avec retrait des ronces et autres liserons, érables sycomores dont les feuilles sont ciselées avant de pailler élégamment les cheminements au sein des jardins, tout comme celles des renouées. Renouées dont les rameaux séchés poursuivent leur destinée en habillant la dalle de béton à l’entrée des jardins, ou bien en intégrant le bac à compost pour une mutation en terreau ou bien encore en entrant dans la composition du projet artistique d’Alan.
Aux Jardins, Une gestion et protection artistique de la nature – Interview croisée de Léa/Rachel
Rachel et Léa, avec les artistes Emmanuelle Huteau/clarinette et Stéphanie Tesson/écrivaine-comédienne au cours de la lecture-promenade musicale Les monologues en plein champ, l’été dernier.
● L’appel des Jardins : comment les Jardins de la Manufacture se sont-ils manifesté auprès de vous pour que vous veniez y effectuer votre stage d’étude ? Léa : Pour être honnête, je n’étais jamais entrée dans les Jardins avant d’envoyer ma candidature de stage. La seule interaction que j’ai eue avec ces derniers a été lors d’une visite scolaire du SEW en début d’année, où j’ai pu apercevoir un bout des Jardins par une fenêtre. Cela a attisé ma curiosité et après un peu de réflexion, j’ai tout simplement envoyé ma lettre de motivation ! J’aime beaucoup découvrir de nouvelles choses, surtout quand elles ne sont pas accessibles. En clair, j’y suis allée plus par instinct qu’autre chose. J’avais envie de faire un stage original, j’adore la botanique. Alors pourquoi pas ?
Rachel : A force de passages et promenades dans Morlaix, je tombais régulièrement nez à nez avec les Jardins, voilés par les grillages et toujours secrets. Je n’y suis jamais entré jusqu’à mon stage. C’est en juin, après avoir eu une déception quant au lieu de mon stage, que j’ai pensé aux Jardins de la Manufacture : en effet, ma meilleure amie Léa s’y trouvait et le lieu suscitait en moi curiosité et attirance. Nous avions eu l’occasion de rencontrer Tiphaine lors de la présentation des projets tutorés et la façon dont il évoquait le lieu m’avait fait hésiter quant au choix que j’allais faire ; finalement, pas de projet tutoré aux côtés des jardins, mais un deuxième essai de stage qui j’espérais s’annonçait être le bon ! Après en avoir discuté avec Léa, Tiphaine a pris contact avec moi et de là est née ma première rencontre avec les Jardins, le 1er juillet.
● Quelles ont été vos missions respectives durant votre stage ? Léa :Nous avons participé à la gestion courante des lieux : arrachage de ronces et de jeunes arbres, transformation des “déchets verts” et revalorisation de ces derniers par divers moyens (paillages, remplissage de chemins..). Notre mission passait aussi par la participation aux animations des Jardins : visites classiques ou encore accueil d’évènements artistiques « Station verger », « Monologue en plein champs »*. Concernant ma mission spécifique, son but était de créer et d’animer une animation sur les espèces végétales invasives, avec des thématiques allant de la gestion de ces dernières jusqu’aux différentes visions et débats qu’elles causent. Le tout était de créer une discussion perpétuelle et d’opter pour des méthodes pédagogiques ludiques et artistiques dans le but de toucher un maximum de personnes.
Rachel : Les Jardins ont besoin de petites mains pour arracher, ciseler, effeuiller, rencontrer les visiteurs et accompagner le lieu. Dès lors, nous avions d’abord des missions de « gestion » qui permettaient d’épauler Tiphaine dans son travail. S’est ajoutée à cela ma mission principale, sur laquelle je me suis penchée durant 6 semaines : la création d’une animation sur l’ethnobotanique, c’est-à-dire plus simplement, sur la symbolique des plantes et les liens qu’elles ont entretenu avec l’humain au fil du temps. Je devais la présenter la dernière semaine de mon stage, et la nourrir de recherches personnelles, d’échanges avec Tiphaine et Léa.
● Y-a-t-il des choses qui vous ont surprises, déconcertées, parues comme évidentes et attirées dans la démarche de Tiphaine Hameau, notamment le fait de rebaptiser GPAN votre formation GPN, pour Gestion et protection artistique de la nature ? Léa :J’ai été assez surprise par la somme de travail énorme que l’entretien des Jardins et la répétition perpétuelle de certains gestes à l’aide d’outils manuels, Tiphaine se donne beaucoup de mal pour réaliser un jardin tel qu’il l’envisage, avec une immense rigueur. C’est un travail très sisyphéen, mais qui paye ! Les personnes qui visitent les jardins sont assez impressionnées par l’ambiance des jardins. Il me paraissait évident qu’il est important de recycler les déchets verts au maximum et de les réutiliser au sein du jardin, mais le faire de manière artistique est un parti pris très original et inspirant ! Du coup, je n’ai pas vraiment été surprise que Tiphaine renomme notre mission “Gestion et Protection Artistique de la Nature”, tout simplement parce qu’en venant aux Jardins de la Manu faire son stage, l’art devient un attribut nécessaire pour pouvoir penser les Jardins. Sans poser un certain regard sur ce qui nous entoure, on ne voit pas grand-chose ici ! On le voit bien quand certaines personnes visitent les jardins et commentent “Il n’y a rien à voir ici” ou encore “Quelle friche !”. La beauté est dans l’œil de celui qui regarde !
Rachel : Oui ! Agréablement surprise. Ce qui m’a particulièrement déconcertée est le fait que tout soit fait à la main, que l’usage de machines est secondaire et que même l’effeuillage ou encore la coupe de rameaux se fassent par nous-mêmes ! Mais ce fut un plaisir : la gestion artistique du lieu a tout de suite résonné avec ma vision des choses et la notion spirituelle que j’offre à la Nature. Tiphaine prend soin des jardins et ce fut à notre tour à Léa et moi de poursuivre cet amour qui leur était donné, par le respect de la démarche de Tiphaine et l’intérêt que nous y avons accordé.
● Ce passage dans les Jardins de la Manufacture a-t-il transformé votre « rapport à la nature », de quelles façons ? Léa : De manière évidente, mon rapport à la nature a évolué après avoir passé deux mois dans les Jardins. Tiphaine nous a initiées à sa vision de la nature, passant par un éloge de la lenteur et de l’observation. Il était aussi très intéressant de voir à quel point Tiphaine prenait soin de chaque plante des jardins, un type de végétation qui n’a pourtant rien d’exceptionnel de prime abord ! Donc je dirai que d’être passée par les Jardins de la Manu m’a rendue beaucoup plus attentive à ce qui m’entoure et auquel on ne fait en général plus vraiment attention à force de passer devant tout le temps. J’ai compris que ce n’est pas parce qu’une plante est commune qu’elle n’est est pas pour le moins précieuse !
Rachel : Pas transformé, mais éclairé. En effet, avant de rencontrer Tiphaine et les Jardins, mon rapport à la Nature était proche de celui que j’allais découvrir auprès des lieux. Cependant, il a été éclairé par le regard de Tiphaine et les différentes pratiques et démarches qu’il associe aux jardins. Le mantra des lieux : « Faire le plus avec, le moins possible contre » (citation de Gilles Clément que Tiphaine répétait souvent). Ainsi, c’est la façon dont les Jardins de la Manufacture ont accompagné mon rapport à la Nature et donné des outils et arguments pour le nourrir, qu’ils l’ont d’une certaine façon transformé.
● Une ou deux anecdote(s) particulière(s) à partager ? Léa : Je me rappelle avec nostalgie de toutes les fois où nous étions en train de discuter et Tiphaine nous arrêtait dans notre élan pour attirer l’attention sur un jeu de lumière, un oiseau qui se posait ou encore une musaraigne qui passait au loin. On restait sur le qui-vive en silence pendant quelques minutes parfois, puis la vie reprenait !
Rachel : Nos journées furent des anecdotes à elles seules ! Je plaisante, c’est que nous riions beaucoup tous les trois et que les Jardins regorgent de surprises qui n’ont pas fini de nous amuser ou de nous surprendre. Par exemple, j’ai dû rentrer chez moi avec un manteau attaché autour des hanches, car, après m’être assise sur un muret sur lequel se trouvait d’anciennes attaches de grillage, afin de faire ma mission d’effeuillage, je me suis retrouvée une fesse à l’air, mon pantalon déchiré ! Léa et moi étions en fou rire.
Autre petite anecdote qui n’en est finalement pas vraiment une : nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs artistes et de découvrir un monde artistique encore différent de ceux que nous croisons au théâtre, au cinéma, au musée… Aux Jardins, ce sont des personnalités singulières et sensibles qui viennent rencontrer les lieux et Tiphaine. Nous avons fait la rencontre de Stéphanie Tesson, Emmanuelle Huteau et Olivier Depoix, dans le cadre des « Monologues en plein champ », concert proposé dans les Jardins. De ces rencontres ont ainsi découlé diverses anecdotes, propres aux personnalités de chacun et à la rencontre avec les nôtres : échanges, discussions, aide au spectacle et répétition. En effet, un jour avant le spectacle, Léa et moi avons vécu l’effeuillage d’une façon différente de d’habitude : les musiciens répétaient et Stéphanie incarnait ses personnages juste à côté de nous. Ce fut particulièrement agréable de ressentir les jardins vibrer sous cette musique et rayonner différemment ce jour-là.
*Parmi les rencontres artistiques au cours de l’été 2024 figuraient Station verger, entresort sonore, manuel, ludique et poétique du collectif Les Aimants et Les monologues en plein champ, lecture-promenade musicale de l’écrivaine-comédienne Stéphanie Tesson accompagnée par Olivier Depoix/accordéon, et Emmanuelle Huteau/clarinette-tuba-chant qui ont enchanté les participant.e.s.
Quand un projet tutoré allie regards scientifique et technique à l’expression créative sensible
Arthur, Léa, Louna, Nonna et Enora ont effectué leur projet tutoré de BTS GPN autour d’un inventaire des insectes et des plantes invasives auprès de Tiphaine Hameau. Ce projet a été l’occasion d’étudier durant huit mois les dynamiques de ces populations dans les Jardins de la Manu et d’y porter un autre regard, notamment artistique, sur quelques mal-aimés ou mal-menés de nos jardins. C’est en s’appuyant sur un livret de 70 pages, rigoureux et soigné, concocté par l’équipe étudiante que celle-ci a présenté fin décembre son projet tutoré devant un jury composé de professionnel.les et d’enseignant.es. Un livret récapitulant le contexte de leur projet avec : ses objectifs, la détermination des méthodes employées, les résultats et leur analyse, les fiches-espèces de trois plantes présentes dans les Jardins (la Grande Berce, la Renouée du Japon, le Buddléia de David, la présentation succincte de quelques insectes hôtes (papillons Moro-Sphinx, Vulcain, Aurore ; Abeilles cotonnière, domestique, charpentière ; cétoine dorée, Oedémère noble, Lepture tacheté). Un livret dans lequel on peut également glaner des citations d’Albert Einstein, Victor Hugo, Henry David Thoreau, Jean-Henri Fabre (humaniste-poète-artiste-éthologue), Baptiste Morizot, Gilles Clément ainsi que des dessins du botaniste Xavier Jaouen.
Parmi leurs objectifs, l’inventaire et les résultats des insectes pollinisateurs (choisis en raison de l’abondance des plantes à fleurs), l’analyse de leurs interactions avec les plantes, le suivi d’orthoptères (sauterelles et criquets) et de coléoptères ainsi que l’élaboration d’une cartographie des différentes parties des Jardins mettant en avant les massifs de plantes inventoriés, font partie des attendus « classiques » d’une formation en gestion et protection de la nature.
Avec un élément important à souligner, à savoir des considérations éthiques quant au respect des êtres vivants du lieu qui on amené l’équipe à mettre en place « un procédé expérimental ayant pour avantage de ne tuer aucun des insectes capturés, même si cela affectait le degré de précision dans leur identification. »
L’équipe a également choisi d’adjoindre à son projet un volet artistique qui a amené ses membres à créer des œuvres en s’appuyant sur leurs savoir-faire respectifs en dessin, vannerie et sculpture pour « donner à voir » les insectes des Jardins tout en respectant leur esprit, avec le choix de matériaux naturels.
Dans ce domaine, l’approche socioculturelle dispensée dans le cadre de leur formation permet à n’en point douter d’allier leur rigueur scientifique et technique à l’expression créative de leur sensibilité, au service de la sensibilisation d’un public plus grand et non spécialiste.
Mission brillamment accomplie puisque le groupe d’étudiant.es a reçu les félicitations du jury, à la fois pour les qualités de présentation de leur exposé, de réalisation du carnet et de leur outil ludico-pédagogique.
Tiphaine Hameau prévoit, au sortir de l’hiver, une restitution publique aux Jardins de la Manu et probablement dans la Galerie du Léon du SEW, avec une exposition des différentes contributions (dessins, sculpture, vannerie…): « L’occasion de célébrer le retour à la vie chantante, bourdonnante dans les Jardins! ».
Dans le prolongement de cet article, nous vous invitons à écouter nos deux entretiens effectués dans les Jardins de la Manu, le premier avec trois des étudiant.es sur leur projet tutoré, le second avec Tiphaine Hameau.
*Le projet tutoré de la formation BTS vise à instruire une réponse à une commande professionnelle de gestion environnementale et de valorisation de la nature. Durant plusieurs mois, il s’agit de rendre autonome les étudiant.es dans leurs investigations de terrain tout au long de leur démarche, accompagné.es par un tutorat commanditaire professionnel/enseignant.es.
A Morlaix, une conférence-débat pour repenser nos liens au vivant… là-bas et ici
Organisée dans le cadre du FESTISOL – le Festival des Solidarités dont le thème est « Environnement et droit des peuples », cette conférence-débat qui se déroulera à la MJC de Morlaix dans la soirée du mercredi 20 novembre, invite le public à découvrir les liens entre les droits des peuples autour de l’eau ainsi que leur influence dans le verdissement du droit international et son évolution vers la reconnaissance d’un droit à un environnement sain.
Avec un voyage qui commencera aux points perdus de la planète, où des peuples originaires font entendre leurs voix aux plus hautes sphères dans les cours régionales de droits de l’Homme. Il s’agira de plonger dans les droits culturels des peuples dans une perspective basée sur leur approche de la nature environnante – leurs montagnes, leurs rivières, la mer et la façon dont ces éléments ont façonné leurs styles vie -. Le besoin de les protéger comme une entité à part entière, donne les premières bases de la reconnaissance des droits de la nature.
Il s’agira ensuite d’aborder les droits culturels liés à la Bretagne et à ses rivières, illustrés par les « Atlas socioculturels de l’eau » (1) de l’association Eaux et Rivières de Bretagne. Le Collectif Mammennou Doùr dans les Abers viendra aussi témoigner de la Marche qu’il a organisée au printemps dernier, de la Source de l’Aber Wrac’h jusqu’à l’embouchure au cours de la dernière semaine de mai. Un parcours qui a laissé toute sa place au sensible (2)…
Quel est le lien qui nous unit à nos cours d’eau, là-bas et ici ? Comment nos identités culturelles et modèles de société sont-ils travaillés par nos relations au vivant ? Comment les luttes pour la sauvegarde de l’eau et des rivières se sont technicisés au fil du temps ? Comment valoriser nos savoirs ancestraux, peu considérés dans les instances de gestion de l’eau ? Comment ces sujets sont-ils pris en compte en tant que sujets de gouvernance, enjeux de démocratie environnementale ? Le droit et la loi : sont-ils les meilleurs moyens de les préserver ?
Une soirée riche en témoignages et questionnements de militant·es, avec les éclairages : d’une juriste en droit international de l’environnement : Veronica Gomez (Ligue des droits de l’Homme/LDH), de Aurélie Besenval, chargée de mission « Eau & culture » à l’association Eau & Rivières de Bretagne, de Marie-Laure Floch et Joëlle Colombani du Collectif Mammennou Doùr. Les échanges seront animés par Marie-Emmanuelle Grignon et Laurence Mermet pour Eco-Bretons.
C’est toujours la culture qui fait basculer les sociétés
Et si notre rapport à l’environnement ne pouvait évoluer que par un changement culturel profond et majeur de nos perceptions ? Et si seule la culture pouvait faire basculer la société, comme l’affirme l’archéologue Ludovic Slimak ? C’est à ces questionnements essentiels que nous invite le film « L’usage du monde » de la cinéaste Agnès Fouilleux, en tournée bretonne jusqu’à la fin de cette semaine*, et dont la LPO est partenaire, avec Paysans de Nature, France Nature Environnement, les clubs CPN, Terre & Humanisme et la revue Socialter.
À travers l’histoire et la préhistoire, depuis les peintures rupestres de la grotte Chauvet jusqu’aux débris laissés dans l’espace par les satellites d’Elon Musk, le film, dont le titre reprend celui du célèbre ouvrage de l’écrivain-voyager suisse Nicolas Bouvier, nous invite à une réflexion sur les sociétés humaines et les traces qu’elles laissent de leur passage sur terre.
Au fil du film, des historiens, anthropologues, analysent cette culture humaine qui s’est détachée peu à peu de la « nature ». Jean-Paul Demoule, Valérie Chansigaud, Jean-Claude Génot, Catherine Larrère, Ludovic Slimak, mais aussi Claude Lévi-Strauss, et les textes notamment de Henry David Thoreau, nous ouvrent à un autre regard sur cette relation. Des paysans, forestiers, écologues, porteurs d’une autre vision des interactions avec le vivant, organisent de nouvelles alliances, renouent ce lien abîmé.
Ils nous font comprendre à quel point une approche sensible, des connections subtiles, le lâcher prise sur la domination, l’humilité, l’observation et l’écoute de cette nature est une opportunité pour vivre mieux.
Alors que l’extinction de milliers d’espèces vivantes, la modification accélérée du climat et les pollutions irréversibles de notre milieu nous emmènent vers une crise sans précédent, notre culture pourrait être entraînée par un nouveau récit, vers une autre réalité.
Et si ce lien à la terre, à l’eau et aux autres espèces, était de même nature que celui qui nous relie aux autres humains, aux autres peuples ? Si pour mieux « faire société », il fallait apprendre, à l’instar du philosophe Baptiste Morizot, à tisser de nouvelles alliances avec cette part sauvage du monde, à renouer avec le vivant ? Réinventer notre rapport à la nature, à l’agriculture et à la démocratie pourrait être les premiers mots jetés là en préambule pour écrire cette nouvelle histoire : « Le lien entre politique et vivant est probablement celui qu’il nous faudra renouer pour inventer une nouvelle façon d’habiter la terre et de faire société : un nouveau récit, une nouvelle culture. » nous dit Agnès Fouilleux
*Distribué par l’association Bonnette et Minette, le film est sorti en septembre dernier. Après Groix, Sarzeau, Etel en début de semaine, la réalisatrice Agnès Fouilleux poursuit sa tournée bretonne de ce début de mois de novembre, organisée par Cinéphare**, réseau de quarante sept salles de cinéma et d’associations de cinéphiles de Bretagne, avec des projections-rencontres : le mercredi 6 à Morlaix (Sew/La Salamandre), le jeudi 7 à Carhaix (Le Grand bleu), le vendredi 8 à Loudéac (le Quai des images)- et le samedi 9 à Douarnenez (le Club). Le film sera également projeté (sans la présence de sa réalisatrice), le mercredi 13 novembre à Bréal-sous-Montfort, au cinéma La Bobine, le jeudi 14 novembre à Lannion avec Thierry Amor de Bretagne Vivante (cinéma Les Baladins) et le jeudi 21 novembre à Belle-Île-en-Mer, au cinéma Le Petit Bal Perdu.
Nous vous proposons, en podcast, un entretien avec Agnès Fouilleux, suite à la projection de son film au cinéma La Salamandre à Morlaix le mercredi 5 novembre. A l’ombre des arbres du Jardin de la Manufacture des Tabacs, terrain de jeu de l’artiste-jardinier Tiphaine Hameau (à qui nous avons consacré un article ici et là), elle évoque son parcours de cinéaste engagée, et les difficultés liées à son statut d’indépendante, qui a choisi une structure associative pour distribuer ses films.
A la « Manu » de Morlaix, ce que les artistes font aux Jardins, ce que les Jardins font aux artistes
Montage photos de : Gérard Rouxel, Laurence Mermet, Ximena de Leon Lucero, Jacqueline Ledoux, Elise Hallab.
Le premier volet de ce triptyque d’articles consacré à la renaissance si singulière des Jardins de la Manufacture des tabacs de Morlaix, se focalisait sur celui qui en a la charge, Tiphaine Hameau, « un humain du sensible et du geste compagnon de la plante ». Se présentant avec justesse comme artiste-jardinier nourri par l’Arte povera et le Land art, il lui tient à coeur de proposer à d’autres artistes d’entrer en dialogue fécond avec les Jardins sous différentes formes : résidences, expositions, spectacles.
Réalisé avec le concours et la plume de Tiphaine Hameau ainsi que celles des autres artistes que ce 2ème volet vous invite à découvrir.Deux d’entre elles sont en sortie publique de résidence du 25 au 29 septembre 2024.
Volet 2 – Parmi les artistes que les Jardins de la Manufacture accueillent, le photographe Gérard Rouxel, la graveuse/dessinatrice Ximena De Leon Lucero et la plasticienne Elise Hallab. Les deux premiers vivent à Morlaix et co-animent COURANTs D’ART dans une ancienne tannerie de Plourin-les-Morlaix où se déroulent expositions et ateliers partagés.
Gérard Rouxel travaille en immersion dans différents lieux pour saisir l’invisible, ce que l’on ne définit pas mais qui constitue l’esprit des lieux. Très touché par ses rencontres au fil des saisons avec Tiphaine Hameau et les Jardins, le photographe y est intervenu à plusieurs reprises ces dernières années.
Entre novembre 2021 et mai 2022, dans le cadre d’un projet d’éducation artistique et culturelle (EAC) proposé par l’association Les Moyens du bord, avec Ximena De Leon Lucero, il a accompagné les élèves de deux écoles primaires locales…En-quête(e) de lumières(s)*.
Gérard Rouxel a ainsi initié les élèves de l’école publique bilingue (français-breton) Jules Ferry de Saint-Martin-des-Champs, à l’art subtil de saisir l’ombre et la lumière dans les Jardins de la Manufacture : « Au-delà de l’apprentissage de la photographie, les élèves capturent les images qui parlent à leur sensibilité, à leurs cinq sens. C’est un travail sur l’imaginaire et l’invisible », confiait-il à Ouest-France**. Et quels lieux plus sensoriellement inspirants que ces Jardins !?!
Photo : Les Moyens du bord
Puis en Juillet 2023, dans le cadre d’une sortie de résidence qu’il nous présente ci-dessous, le photographe a fait découvrir ses images sur les murs de la Manufacture, marqués par les traces du temps et plus surprenant, en terrarium, c’est-à-dire des bocaux fermés dans lesquels les photos cohabitent et co-évoluent avec le substrat végétal également présent.
De son côté, Ximena De Leon Lucero pratique la taille douce sur cuivre, le monotype et le dessin. Le plus souvent elle mélange le trait puissant et net du burin à celui sensible et doux de la pointe sèche. Si le projet EAC** de découverte de la gravure qu’elle a mené avec les élèves de l’école publique bilingue morlaisienne Poan Ben ne les ont pas conduit.es jusqu’aux Jardins de la Manufacture, ce n’était que partie remise puisque Ximena y oeuvre actuellement, avec une autre artiste, Élise Hallab.
Leurs résidences que la plume de Tiphaine Hameau nous décrit maintenant, s’appuient pour chacune sur un temps de recherche, d’expérimentation, de restitution puis de médiation. Leurs réalisations seront visibles par le public du mercredi 25 au dimanche 29 septembre de 15h à 19h30. Un temps de rencontre avec Élise le mercredi 25 de 16h à 19h puis avec Ximena le vendredi 27 de 16h à 19h.
« Dans les ombres du jardin (se balade une chèvre…) »
La résidence de Ximena De Leon Lucero repose sur deux axes de recherche : les ombres, comme le cliché d’un instant figé et, d’autre part, les traces sur l’écorce des arbres du jardin. Le présent du jardin : les ombres, dans leur instant de vie éphémère. Attraper l’expression d’un instant, de capter une « pose » de la nature dans le plus haut de sa force, dans un moment d’apogée lumineux, comme le « Mié » dans le Kabuki japonais. L’âme d’un instant précis, à un moment précis, dans un lieu précis et emblématique du jardin : l’abri de son gardien. Pour ce faire : du papier d’essences naturelles (Aguagami – kitakana – kizuki) et des crayons…
Photos Ximena De Leon Lucero : Janvier 2024_ombres Graphite sur papier Japon – Mai 2024_écorce Graphite sur papier japon
« Le passé du jardin : il était une fois une chèvre, gentille bête qui, grâce à son appétit féroce, dévora les ronces d’un verger abandonné. La chèvre permit de renouer avec la plénitude de l’espace, on put l’arpenter à nouveau, on doit beaucoup à la chèvre. Hélas, c’est aussi la chèvre qui, dans son appétit féroce, blessa malencontreusement et fatalement de nombreux arbres. Comme un retour des choses, qui voudrait que des éléments partent pour que d’autres prennent place à leur tour, des moulages de troncs rongés, des « gravures sur arbres », des impressions et des objets, tenteront de garder le passage de l’animal et la trace de ce temps qui fut. »
Couleurs des plantes invasives et d’autres de la saison d’été
Élise Hallab, qui n’est pas une inconnue pour Eco-Bretons***, vit et travaille à Nantes aux Ateliers Bonus. Après avoir effectué ses études d’art entre Brest, Nantes et Bruxelles, elle poursuit ses travaux en édition et sérigraphie. Depuis 2015, elle explore les potentialités des encres naturelles en sérigraphie à partir de cueillettes et de collectes de végétaux. Ses travaux artistiques collectifs ou personnels questionnent les notions de paysage, de couleur et de saisonnalité en relation avec la matière première. L’artiste avait notamment fait pousser des plantes tinctoriales dans le jardin solidaire de Morlaix, au cours de l’été 2022, pour en extraire le jus servant à fabriquer ses encres.
Sa résidence actuelle dans les Jardins de La Manufacture s’inscrit en regard du travail de Tiphaine Hameau concernant le rangement des déchets organiques et l’organisation des espaces, le dessin du jardin et parfois la géométrie ; mais aussi par l’aspect patrimonial du jardin et de recherches autour du lin morlaisien. En effet, sa démarche artistique consiste, en arpentant le paysage, à glaner au gré des saisons feuilles, fleurs, fruits, écorces, matériaux utilisés pour la fabrication des couleurs. À partir de ses récoltes, le jus coloré obtenu est travaillé pour être utilisé comme encre de sérigraphie ou comme bain de teinture.
Photos Elise Hallab : composer, cueillir, lire
Si la démarche de Tiphaine Hameau entre en belle résonance avec la volonté de Morlaix Communauté d’accorder une place particulière aux artistes contemporain.es dans les Jardins de la Manufacture des Tabacs, elle n’est pas sans poser un problème inédit à cet écrin de nature. En effet, la qualité du programme d’interventions artistiques proposées*** conjuguées à la magie du lieu, ont pour conséquence d’attirer de plus en plus de monde, au point qu’il s’agit de trouver un équilibre entre la nécessaire quiétude des vivants non-humains de ces Jardins et la volonté de faire découvrir ses trésors vivants, ce par l’instauration d’une jauge de participant.es. Gageons que, de mieux en mieux renseigné, le public saura pratiquer l’art de la patience, si chère aux jardinier.es.
Prochainement : le 3ème et dernier volet de ce triptyque consacré aux relations qu’entretiennent avec les Jardins les étudiant.e.s de BTS gestion et protection de la nature du lycée de Suscinio de Morlaix dans le cadre de leurs projets.
**** Avec les rencontres estivales Station verger, entresort sonore, manuel, ludique et poétique du collectif Les Aimants et Les monologues en plein champ, lecture-promenade musicale de l’écrivaine-comédienne Stéphanie Tesson accompagnée par Olivier Depoix/accordéon, et Emmanuelle Huteau/clarinette-tuba-chant qui ont enchanté les participant.e.s.
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